300 valises en 15 minutes

de | 16 mai 2016
Le commerce des espèces menacées est florissant et les contrôles à la frontière souvent difficiles. Du moins pour les employés des douanes qui ne peuvent pas compter sur l’aide d’un chien nommé Uno. Notre canidé est en effet expert en marchandise de contrebande.

Uno est une star. Il a été formé pour en finir avec ce qu’Interpol place en troisième position mondiale des marchés illégaux: le commerce des espèces animales et végétales menacées. Uno est un chien renifleur affecté à la protection des espèces. A cinq heures du matin, il prend son service dans la halle d’expédition de la douane de l’aéroport de Francfort. Des véhicules tractant de longues remorques vont et viennent dans la halle, pour déposer les valises requises par la douane.

Pour leurs contrôles, les autorités se servent d’appareils à rayons X et parfois de fouilles manuelles. Ensuite, c’est au tour d’Uno de faire son entrée. Il a attendu dans la voiture, maintenant il court dans tous les sens dans la halle. Son maître, Guido Nikl, le prend en laisse et se place avec lui au bout d’une longue rangée de valises. Uno s’assied. Concentration. Départ. Le chien et son maître s’avancent le long de la rangée. Le second pointe du doigt bagage après bagage, le labrador flaire et remue la queue sans interruption. C’est un jeu. Il sait que, quelque part, il y a quelque chose à découvrir.

«Nous jouons avec l’instinct naturel de jeu et de prédation du chien», nous explique Dieter Keller. Il est éducateur de chiens renifleurs. C’est lui qui acquiert les animaux, les forme, les contrôle, planifie les missions et détermine quel douanier pourra être accompagné d’un chien. «C’est la terreur de tout le monde, dit-il enthousiasmé. On connaît précisément les caractéristiques d’un appareil à rayons X. Les trafiquants de marchandises illégales aussi. Ce n’est pas le cas des chiens: il n’existe pas de fiche technique pour lui. Le contrebandier n’est donc pas en mesure d’estimer sa performance, ce qui fait du canidé un risque incalculable.»

En 2004, Brigit Braun, du WWF Allemagne, contactait l’aéroport de Francfort. En collaboration avec TRAFFIC, le programme de protection des espèces commun du WWF et de l’Union internationale pour la conservation de la nature, elle avait en effet élaboré un concept servant à améliorer la protection des espèces à l’aéroport au moyen de chiens renifleurs. Dieter Keller s’est montré enthousiaste à cette idée. Dans les années qui ont suivi, Brigit Braun, Dieter Keller et l’école de dressage des chiens renifleurs ont élaboré, étudié et affiné l’engagement de chiens pour la protection des espèces.

L’aéroport de Francfort a été doté de deux spécimens en 2008. Depuis lors, ils ont permis de mettre au jour 260 cas de contrebande. Des bénitiers géants, de l’ivoire, des cobras conservés dans de l’alcool, la corne d’un rhinocéros asiatique et d’autres encore. «260, c’est une performance reconnue à l’échelle internationale», relève Dieter Keller. Le plus grand succès des deux chiens a été la découverte de cinq oeufs de tortue imbriquée. Ils ont été couvés au zoo de Francfort, puis les tortues ont été relâchées dans les Seychelles.

Dans l’intervalle, Uno a passé en revue tous les bagages, soit environ 300 valises en l’espace de dix à quinze minutes. Aucune machine ne tient cette cadence. Ce coup-ci, Uno n’a rien trouvé. Mais vu qu’on travaille avec son instinct de jeu et de prédation, Dieter Keller cache subrepticement un échantillon olfactif que le zoo de Francfort a mis à disposition des douanes. Uno lève le nez, se jette sur une valise, gratte et remue la queue frénétiquement. En récompense, il peut courir avec l’échantillon à travers la halle. «Magnifique, c’est si simple et si efficace», s’exclame Dieter Keller en riant.

Brigit Braun est également très satisfaite du résultat. Mais pour elle, le projet n’en est qu’à ses débuts: «Je souhaite que l’idée des chiens de douane travaillant à la protection des espèces fasse école», dit-elle. Fin avril, le WWF a organisé un congrès soutenu par l’UE à Budapest, qui encourageait l’échange sur le travail avec les chiens renifleurs dans ce domaine. Seuls l’Allemagne, l’Autriche, la Tchéquie, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Hongrie, les Pays- Bas et la Slovaquie disposent de tels chiens dans leurs aéroports.

«L’UE est un marché intérieur, constate Brigit Braun. Il n’y a plus de contrôles aux frontières. Nous devons donc veiller à améliorer la collaboration pour que les contrebandiers ne puissent pas entrer par des pays qui offrent des lacunes notoires.» A noter que la Suisse était présente au congrès. Espérons que les aéroports suisses disposent bientôt aussi de beaucoup d’Uno.

 

CHIENS DE DOUANE AFFECTÉS À LA PROTECTION DES ESPÈCES

Les chiens renifleurs fournissent de grands services. Et pas uniquement à la douane. Dans différentes parties du monde, leur flair permet de retrouver des excréments d’animaux sauvages, par exemple de rhinocéros, de tigres ou de léopards. Sur cette base, les spécialistes peuvent analyser l’information génétique qui s’y trouve, ce qui leur permet de déterminer la taille d’une population animale dans une région donnée.

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