L’homme qui manipule et hypnotise les animaux. Surtout des chevaux

de | 25 mai 2016

L’ancien vétérinaire cantonal Jérôme Föllmi soulage ses protégés par l’ostéopathie.

Et voilà que l’imposant cheval se lâche complètement et manifeste son bien-être par de profonds bâillements. «Il ne bouge plus; il est comme hypnotisé», commente Jérôme Föllmi. Ce vétérinaire ostéopathe vient de manipuler délicatement l’animal. Visiblement avec succès: «Il est vraiment détendu, se réjouit le spécialiste. Il mâchouille, un signe qui ne trompe pas.» L’homme aussi semble serein. Le bonheur du terrain retrouvé, après trois ans passés à la tête du Service genevois de la consommation et des affaires vétérinaires? «J’ai beaucoup apprécié cette période, une très bonne expérience», lâche sobrement celui qui avait préalablement collaboré au contrôle des viandes de ce même service.

Manipulations manuelles

Son intérêt pour l’ostéopathie remonte à ses premières années de pratique dans divers cabinets pour petits animaux: «Je me suis spécialisé à Neuchâtel dans une antenne dépendant de l’Institut français des médecines alternatives et d’ostéopathie vétérinaire.»

Une approche thérapeutique non conventionnelle qui repose sur des manipulations manuelles du système musculo-squelettique et myofacial pour soulager certains troubles fonctionnels. «Des tensions musculaires et des réductions de mouvements peuvent survenir chez un cheval stressé ou fortement sollicité», relève le Dr Föllmi.

«Entrer dans sa bulle»

Celui-ci soulage aussi des chiens, des chats et même des bovins: «Avec les vaches, c’est plus sport. Peu manipulées, elles ne sont pas habituées à donner un membre comme les chevaux à qui on cure les pieds ou on ferre les sabots. Alors on travaille beaucoup avec des cordes ou on les couche pour travailler dessus.» Passionné, Jérôme Föllmi sillonne Genève, La Côte vaudoise, la France voisine et quelques écuries d’autres cantons; il passe donc beaucoup de temps sur les routes. Sa voiture, son site Internet et surtout ses mains sont ses seuls outils. «Dernièrement, elles ont servi à rétablir l’équilibre d’un coq, se félicite-t-il. Agressé par un renard, il n’arrivait plus à se relever. Retapé, il a pu regagner le poulailler!» Sa patientèle est toutefois très majoritairement équestre. D’abord parce que Genève ne compte pas moins de 3000 chevaux. Mais pas seulement. «Le cheval m’a toujours fasciné; j’aime les contacts qu’on peut nouer avec lui», raconte ce cavalier qui a fait beaucoup de poney dans sa jeunesse: «Il a une telle puissance qu’il peut vous dégager en un éclair lors d’une manipulation. Mais dès que j’entre dans sa bulle, je travaille avec lui en toute complicité.» C’est assurément ce qui s’est passé sous nos yeux, le jour où nous l’avons suivi dans une écurie privée de Confignon. Calme et peu bavard, le thérapeute œuvre avec douceur: «Chez l’homme, le contact s’effectue à travers l’intellect, souvent par le biais du langage. Chez l’animal, l’aspect instinctif prime et la confiance prévaut. Pendant une séance, le cheval vous parle, il faut savoir l’écouter et interpréter; cela va de par son placement, une réaction sur un point particulier ou encore de par son regard.»

Du cracking aux fascias

Une grande écoute, mais également des connaissances pointues de l’anatomie sont nécessaires pour être un bon praticien. Quatre grands axes de traitements s’offrent au vétérinaire ostéopathe: le cracking, qui, par un mouvement rapide, permet à l’articulation de retrouver son amplitude; le crânio-sacré (manipulation qui va du crâne au sacrum); l’étirement et le travail énergétique sur les fascias (tissus qui entourent et soutiennent les muscles); enfin l’axe viscéral (organes abdominaux). «On sent les nœuds et on travaille beaucoup sur le ressenti, relève le vétérinaire ostéopathe. Le cheval exprime très bien jusqu’où on peut aller!»

«Des sportifs d’élite»

Le Dr Föllmi soigne autant les poneys ou les chevaux de randonnée que les trotteurs et les champions de saut ou de dressage. Les chevaux du CHI (Concours hippique international de Genève) ont eux aussi besoin d’ostéopathes: «Ils sont suivis régulièrement; ce qui permet d’affiner les prises en charge.» Soumis à de fortes contraintes, risquent-ils plus de casse que les chevaux lambda? «Oui, le risque est présent comme pour tous les sportifs d’élite, réagit Jérôme Föllmi. Mais comme eux, ils sont très bien préparés à la compétition et ils suivent un planning établi. Toutefois, des pauses pour pouvoir récupérer et éviter ainsi des blessures sont indispensables.»

Source: tdg.ch

energetix11

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